Expositions

Drawing Now 2022 retrouve son plein format

Après une éclipse de trois ans, le salon du dessin contemporain, qui fête sa 15e édition, revient au Carreau du Temple avec 72 galeries en provenance de 12 pays.

De reports successifs en annulation, l’édition 2020 avait fini par passer à la trappe pour revenir sous une forme allégée en juin 2021 près de la Bastille. La version 2022 s’est ouverte sous de meilleures auspices, permettant le retour de la foire au sein de son cadre habituel. Mise à part l’alerte intempestive ayant entraîné l’évacuation de la halle pendant quelques minutes, l’ouverture du salon s’est déroulée dans une ambiance détendue et de bon aloi.

Déployée sur deux niveaux, la foire regroupe près de 2000 œuvres de plus de 300 artistes et s’articule en trois sections : au rez-de-chaussée le secteur Général avec les galeries confirmées, et au sous-sol les secteurs Insight, réservé aux galeries ou artistes émergents, et Process, dédié aux projets spécifiques.

La particularité de Drawing Now – et ce qui en fait l’attrait – est de rassembler autour d’un même médium une très grande diversité de pratiques et de styles, et de réunir sous le même toit artistes renommés et jeunes talents.

Contrairement au Salon du Dessin ancien, qui se tient au même moment au palais Brongniart, dont la moitié des stands sont occupés par des galeries étrangères parmi lesquelles quatre américaines, Drawing Now réunit des exposants majoritairement français. Deux tiers des galeries proviennent en effet de l’hexagone, le tiers restant est constitué de galeries européennes, essentiellement belges et allemandes, mais aussi espagnoles, italiennes, anglaises, suisse, luxembourgeoise, néerlandaise et autrichienne. On notera toutefois la présence d’une galerie venue du Japon et d’une autre… de Russie. 41% des exposants participent pour la première fois à la manifestation.

Compte tenu des dimensions souvent réduites des œuvres, liées à la nature du support papier, les organisateurs imposent aux galeries du secteur Général de consacrer au moins 30% de la surface de leur stand à un focus sur un artiste, ce qui permet d’éviter une trop grande dispersion. Parmi la cinquantaine de galeries abritées sous la verrière, beaucoup ont choisi de mettre à l’honneur de jeunes artistes ou des créateurs moins connus, leur réservant parfois tout leur stand, comme l’a fait la galerie Zlotowski qui propose un solo show de Eugene James Martin (1938-2005), artiste afro-américain injustement méconnu. Ses séries néo-cubistes des années 1970-80, qu’il qualifiait lui-même d’abstractions satiriques, font partie des bonnes surprises de cette foire.

Eugene J. Martin, sans titre, 1982, galerie Zlotowski

Eugene J. Martin, galerie Zlotowski

Parmi les jeunes talents, le comité de sélection du Prix Drawing Now a nommé exceptionnellement cette année six candidats, dont cinq femmes : Alice Anderson (La Patinoire Royale / Valérie Bach), Marion Charlet (PARIS-B), Kubra Khademi (Éric Mouchet), Lenny Rébéré (Isabelle Gounod), Karine Rougier (Espace à vendre) et Claire Trotignon (Galerie 8+4).

Karine Rougier, Espace à vendre

Karine Rougier, Espace à vendre

C’est Karine Rougier qui l’a emporté le soir du vernissage avec ses lavis d’aquarelle d’inspiration onirique mêlant formes humaines et animales, cependant ma préférée était Kubra Khademi (1989), jeune artiste afghane au parcours déjà impressionnant, aujourd’hui réfugiée en France, dont la série Female Crimes, conçue dans le cadre d’une installation / performance à la prison de Trévise l’hiver dernier, dénonce l’oppression du régime patriarcal sur les femmes.

Kubra Khademi, série Female Crimes, galerie Éric Mouchet

Chez Backslash, on retrouve les aquarelles poétiques d’Odonchimeg Davaadorj, nommée l’an dernier pour le prix Drawing Now et lauréate avec Quentin Spohn du prix Art Absolument décerné en partenariat avec la Drawing Factory.

Odonchimeg Davaadorj, galerie Backslash

Solene Rigou, galerie C

Autre jeune artiste au talent prometteur, Solène Rigou, soutenue par la Galerie C, expose une série de délicats petits portraits de mains. Chez Anne Barrault, juste à côté, les personnages pleins d’humour campés par la jeune Neila Czermak Ichti sont assez irrésistibles.

Neila Czermak Ichti, Prête, 2018, galerie Anne Barrault

Neila Czermak Ichti, Allo, ouais il se passe des trucs chelous, rappelle moi, 2019, galerie Anne Barrault

Le Belge Brecht Evens, qui restitue à merveille l’atmosphère de la nuit, présente à la galerie Martel ses illustrations conçues pour le livre Peter Pan.

Brecht Evens, galerie Martel

Kevin Lucbert crée au stylo à bille des paysages imaginaires, chez Huberty & Breyne.

Kevin Lucbert,Ermitage, série Blue Lines, 2022, Huberty et Breyne

Chez Valérie Bach, Jeanne Susplugas propose, à l’aide de la réalité virtuelle, une plongée dans les neurones du cerveau et leurs ramifications complexes.

Jeanne Susplugas, série I will sleep when I’m dead, Galerie Valerie Bach

La galerie Air de Paris expose les beaux portraits maquillés et pailletés de Jean-Luc Verna.

Jean-Luc Verna, Sainte Newwave (à droite), 2021, Air de Paris

Les œuvres très marquantes de l’artiste chilienne Sandra Vasquez de la Horra, dont on peut voir une remarquable installation dans l’exposition principale de la biennale de Venise, sont présentes sur le stand de la galerie Bendana Pinel.

Sandra Vásquez de la Horra, galerie Bendana Pinel

La galerie Semiose, qui met en lumière le travail d’Aneta Kajzer, jeune Polonaise travaillant à Berlin, présente aussi une séduisante série d’animaux fantastiques de Guillaume Dégé à côté d’un grand portrait d’Anthony Cudahy et de deux encres de grand format de Françoise Pétrovitch, à qui le fond Hélène et Edouard Leclerc de Landerneau a consacré une magnifique rétrospective l’hiver dernier et dont l’œuvre gravé sera exposé à l’automne à la BNF.

Aneta Kajzer, Semiose

Guillaume Dégé, galerie Semiose

Anthony Cudahy, Semiose

Francoise Pétrovitch, Semiose

Dans le secteur Process au -1, il faut voir la belle série de paysages au crayon de couleur et pastel du Danois Per Adolfsen exposé par Sobering.

Per Adolfsen, Two stones, 2022, Sobering

Et dans le secteur Insight, la galerie 193 présente une série de portraits de l’Afro-américain Idris Habib, auquel elle consacrera une exposition personnelle dans son nouvel espace vénitien le mois prochain.

Idris Habib, Galerie 193

Enfin, en partenariat avec le FRAC Picardie spécialisé dans le dessin contemporain, l’exposition Hyperdrawing située au -1 explore la forme performative du dessin sous ses différents aspects, qu’il s’agisse de réactiver des dessins réalisés sous protocole (à partir d’œuvres de Sol Lewitt et de François Morellet), d’étudier le rapport entre dessin et pratique sportive (Emmanuel Béranger) ou encore de créer des œuvres à partir des interactions avec le public (Juliette Green ou Thorsten Streichardt) ou l’environnement (Stéphanie Mansy).

Thorsten Streichardt, Colonne, 2022, performance Hyperdrawing

Stéphanie Mansy, opéra biotique, zone III, 2022, Hyperdrawing

Quelques images supplémentaires:

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Drawing Now Art Fair 2022
Carreau du Temple
4 rue Eugène Spuller
75003 Paris
Du jeudi 19 au dimanche 22 mai, de 11h à 20h (19h dimanche).

1 Commentaire

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