Expositions

Photo Saint-Germain, Approche, Photo Days… La photographie à l’honneur à Paris

Dans le sillage de Paris Photo, de multiples propositions pour les passionnés de photographie

Autour de Saint-Germain-des-Prés, le festival Photo Saint-Germain rassemble chaque année des expositions dans les galeries, les centres culturels, les musées ou autres lieux institutionnels des 5e, 6e et 7arrondissements. Pour sa 11e édition, le parcours réunit 35 expositions et propose des rencontres, des projections, des performances, des visites guidées… Le programme complet est à retrouver sur le site du festival (www.photosaintgermain.com).

Parmi les lieux à visiter, on retiendra la Maison de l’Amérique latine qui accueille une exposition consacrée à Gisèle Freund, photographe, sociologue et journaliste allemande émigrée en France dans les années 1930, auteur d’iconiques portraits d’écrivains (André Malraux, Virginia Woolf, James Joyce…). Réfugiée en Amérique du Sud en 1941, elle développa une vraie passion pour ce continent où elle vécut une dizaine d’années. L’exposition rassemble les portraits d’écrivains et d’intellectuels qu’elle fréquenta en Argentine, les images de voyages qu’elle entreprit à travers le continent sud-américain ou des séjours passés chez Diego Rivera et Frida Kahlo au Mexique. Il ne faut pas manquer la vidéo dans laquelle elle évoque son métier, ses reportages et l’histoire de la photographie (Gisèle Freund, Ce sud si lointain, Maison de l’Amérique latine, 217 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris, jusqu’au 7 janvier 2023).

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À l’Académie des Beaux-Arts sont exposées, dans le pavillon Comtesse de Caen, les images splendides que le journaliste Pascal Maître a consacrées aux Peuls du Sahel. Lauréat du prix de photographie Marc Ladreit de la Charrière, ce spécialiste de l’Afrique a travaillé deux ans sur ce projet, parcourant le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Bénin sur les traces de ce peuple nomade de tradition millénaire qui mène ses troupeaux dans la région séparant le Sahara des forêts tropicales. Le photographe les a suivis dans leur vie quotidienne et lors des fêtes traditionnelles, mais a également été le témoin des affrontements de plus en plus fréquents et violents qui opposent ces communautés peuls, progressivement radicalisées et gagnées par le djihadisme, aux cultivateurs dogons, bambaras et mossis. Dans une vidéo, Pascal Maître relate les circonstances qui ont conduit à cette situation et expose la complexité du bouleversement géopolitique qui s’opère dans cette région d’Afrique (Pascal Maître, Peuls du Sahel, Académie des Beaux-Arts, Pavillon Comtesse de Caen, 27 quai de Conti, 75006 Paris, mardi-dimanche 11h-18h, jusqu’au 4 décembre).

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Pour se fondre dans le décor au charme désuet de la Maison Auguste Comte, le duo d’artistes Elsa & Johanna s’est emparé de l’ouvrage édifiant d’Éline Roch, « Ce que vaut une femme : traité d’éducation morale et pratique des jeunes filles » publié en 1893 avec le soutien du ministère de l’instruction publique, pour concevoir une série d’autoportraits argentiques noir et blanc « Les douze heures du jour et de la nuit » dans laquelle les deux protagonistes incarnent un éventail de personnages s’insérant avec humour et dérision dans la chronologie du livre (Elsa & Johanna, Ce que vaut une femme : les douze heures du jour et de la nuit, Maison Auguste Comte, 18 rue Monsieur-le-Prince, 75006 Paris, mardi-samedi 14h-18h, jusqu’au 19 décembre).

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Le Musée d’histoire de la Médecine tout proche présente un ensemble de photographies relatant des expériences de parapsychologie et autres phénomènes inexpliqués par la science datant de 1890 à nos jours. Magnétiseurs, hypnose, médiums, esprits frappeurs, tables en lévitation, torsion de fourchettes et de barres de fer… il y en a pour tous les goûts et on peut même se faire faire son portrait d’aura par Dorothée Elisa Baumann, spécialiste en la matière (Musée d’Histoire de la Médecine, Phénomènes. L’inexpliqué face à la science, 12 rue de l’École de Médecine, 75006 Paris, lundi-samedi 14h-17h30, jusqu’au 28 janvier 2023).

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En face, le Réfectoire des Cordeliers abrite l’exposition de la jeune journaliste vénézuélienne Fabiola Ferrero, lauréate du 12e prix Carmignac de photojournalisme. Dans une installation habilement conçue, la photographe présente deux visions très contrastées du Venezuela, celle du passé – les années 1960-1970-, pays prospère, tourné vers l’avenir et confiant dans les perspectives offertes par ses ressources, et celle d’aujourd’hui, montrant une pays ruiné par la crise politique et économique, et dans lequel la classe moyenne s’est désintégrée. Par son travail, la jeune femme entend aussi construire une mémoire pour son pays, alors que de nombreux documents d’archives ont été détruits ces dernières années, que des bibliothèques ont été fermées, et que l’accès à l’information est contrôlé et soumis à la censure (Fabiola Ferrero, Venezuela : The Wells Run Dry, Réfectoire des Cordeliers, 15 rue de l’École de Médecine, 75006 Paris, lundi-dimanche 11h-19h, jusqu’au 22 novembre).

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Le célèbre Martin Parr est doublement présent à Paris, avec une exposition qui vient d’ouvrir à la fondation Henri Cartier-Bresson, ainsi qu’au Centre Culturel Irlandais avec cet ensemble de photographies réalisées en Irlande où il a vécu entre 1980 et 1982 et où il est retourné à de nombreuses reprises. Avec l’humour qui le caractérise, le photographe anglais pose un regard mi-ironique, mi-attendri sur ce peuple pétri de traditions rurales qui a vu évoluer très rapidement la société et l’économie du pays durant les dernières décennies (L’Irlande de Martin Parr, Centre Culturel Irlandais, 5 rue des Irlandais, 75005 Paris, lundi-dimanche 14h-18h, mercredi 14h-20h, jusqu’au 8 janvier 2023).

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Au 3e étage du mythique Hôtel La Louisiane connu pour avoir hébergé nombre d’artistes et d’écrivains célèbres depuis les années 1930, une dizaine de chambres ont été investies pour quatre jours par de jeunes photographes qui les ont aménagées à leur guise. Dans le joyeux foutoir qui régnait le soir de ma visite, j’ai pu en photographier quelques murs (Hôtel La Louisiane, 60 rue de Seine, 75006 Paris, 10 au 13 novembre, 14h-20h).

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À l’occasion de la publication du livre Qui êtes-vous Polly Maggoo ? retraçant sous la forme d’un roman-photo l’histoire du film culte écrit et réalisé par le photographe William Klein, récemment disparu, et produit par Roger Delpire, la librairie des éditions Delpire & co expose une installation de photos réalisées sur le plateau du film et met en vente quelques tirages de celles-ci (William Klein, Qui êtes-vous Polly Maggoo ?, Librairie Delpire & co, 13 rue de l’Abbaye, 75006 Paris, mercredi-samedi 11h-19h).

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Dans l’Hôtel de l’Industrie situé sur la place Saint-Germain-des-Prés, la galerie Binome présente une exposition collective de trois artistes qui revisitent l’histoire de la photographie en explorant des techniques anciennes qu’ils réactualisent. Cette pratique n’est pas un cas isolé, nombre de jeunes photographes se replongent aujourd’hui dans les procédés photographiques du passé pour se les réapproprier, et la galerie Binome, orientée vers les formes nouvelles de la photographie contemporaine, représente plusieurs artistes travaillant dans cette direction. Baptiste Rabichon et Fabrice Laroche ont travaillé en duo pour élaborer, à partir d’autochromes originaux créés il y a un peu plus d’un siècle dans les jardins d’Albert Kahn à Boulogne, une série d’épreuves chromogènes de très grand format, intitulée Les intermittences du cœur en hommage à Marcel Proust. Pierre-Jérôme Jehel, quant à lui, a recouru à divers procédés de fabrication d’images, des plus anciens jusqu’à celui de l’imprimante 3D, pour constituer un corpus d’images, ainsi qu’un film, inspirés par les premières expérimentations des jeunes frères Lumière dans la grotte de La Goule aux Fées en Bretagne (Pierre-Jérôme Jehel, Fabrice Laroche, Baptiste Rabichon, L’Écho des Lumière, Hôtel de l’Industrie, 4 place Saint-Germain-des-Prés, 75006 Paris, lundi-dimanche 14h-19h, jusqu’au 19 novembre).

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Outre les expositions évoquées plus haut, le parcours de Photo Saint-Germain permet également d’admirer les photographies très picturales d’Antoine Henault dans le charmant Musée Eugène Delacroix, de découvrir les Allégories périssables du Brésilien Rodrigo Braga à la galerie Le Salon H, de s’amuser à la Galerie Berthet-Aittouarès des pitreries des jeunes séminaristes photographiés par Mario Giacomelli au début des années 1960, de contempler de beaux tirages anciens en forme de tondo (circulaires) exposés par la Galerie Blau dans l’espace de la Galerie Meyer, de s’intéresser aux étonnantes créations de Laure Albin Guillot, gloire oubliée de la photographie des années 1930, à la Galerie Roger-Viollet, ou de se pencher sur les travaux des étudiants en photographie de l’École des Beaux-Arts. En face de celle-ci, les galeries Le Minotaure et Lucas Ratton se sont associées pour présenter, dans une très belle scénographie, une exposition intitulée Irréel qui met en correspondance des photographies surréalistes avec des objets d’art premier de la fin du XIXe et du début du XXe siècles. Tous les détails des expositions (adresses, dates, horaires) sont à retrouver sur le site de Photo Saint-Germain (http://www.photosaintgermain.com/editions/2022/parcours).

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Spécialisé dans la photographie expérimentale, le salon A ppr oc he a rassemblé pour sa 6e édition une quinzaine de galeries – dont la moitié venues de l’étranger – avec 14 solo shows et un duo d’artistes. De cet ensemble très éclectique, j’ai retenu en particulier les photogrammes de la série Blue Screen of Death de Baptiste Rabichon chez Binome, les sérigraphies sur toile et impressions sur plaques de verre de Matthieu Boucherit chez Eric Mouchet, représentant des mains de chefs d’orchestre à la symbolique à la fois poétique et politique, les compositions colorées de Daisuke Yokota chez Kominek, et les petits formats de la série Profile de Javier Hirschfeld Moreno chez Open Doors, qui interrogent la notion d’identité (A ppr oc he, Le Molière, 40 rue de Richelieu, du 10 au 13 novembre, 13h-20h).

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Par ailleurs, de nombreux autres événements et expositions liés à la photographie à l’affiche en ce moment à Paris sont répertoriés sur le site de Photo Days, que je vous encourage à consulter (https://photodays.paris). Il y a l’embarras du choix !

Photo de titre : Pascal Maître, Peuls Wodaabe, Geerewol, Académie des Beaux-Arts

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