Expositions

Que voir aux Rencontres d’Arles 2026 ?

Parmi l’abondance des propositions du grand rendez-vous de la photographie – 46 expositions et plus de 120 artistes présentés cette année –, j’en ai retenu cinq, qui sont commentées ici de manière plus détaillée, et complétées d’un tour d’horizon en images de cette 57e édition.

Harry Gruyaert, A Sense of Place

Considéré comme une icône par de nombreux passionnés de photographie, le Belge Harry Gruyaert, né à Anvers en 1941 et installé à Paris depuis les années 1960, reste paradoxalement assez méconnu du grand public. Membre de l’agence Magnum depuis 1982 bien qu’il n’ait rien d’un photoreporter, il est considéré comme un pionnier de la photographie couleur en Europe, ayant très tôt abandonné le noir-et-blanc pour explorer, sous l’influence du pop art qu’il découvre à New York dans les années 1960, le potentiel esthétique de la photographie couleur alors essentiellement liée à un usage publicitaire.

Initié durant son adolescence à la technique photographique par un père avec lequel il entretenait des relations compliquées (dans sa famille catholique très pratiquante, la vie était régie par une hiérarchie se résumant à « Dieu, le pape, mon père », explique-t-il), il s’échappe assez vite du giron familial pour aller étudier la photographie et le cinéma à Bruxelles, puis quitte la Belgique pour parcourir le monde. Il s’installe d’abord à Paris comme photographe indépendant, tout en travaillant comme directeur de la photographie pour la télévision flamande. C’est en 1968 qu’il effectue son premier voyage aux États-Unis, rencontrant alors des figures du pop art comme Roy Lichtenstein et Robert Rauschenberg qui vont marquer son parcours. L’année suivante, un voyage au Maroc laissera lui aussi une empreinte durable sur son travail.
Il s’installe ensuite à Londres, où il crée en 1972 la série des TV Shots : des images captées sur l’écran d’un téléviseur dont il dérègle l’antenne pour accentuer les contrastes et pousser les couleurs dans une palette stridente. Ces images réalisées au moment des jeux olympiques d’été de Munich incluent épreuves sportives, actualités, films, séries, publicités…
En 1973, il revient à Paris et réalise un long travail photographique sur la Belgique.
Durant les deux décennies suivantes, il voyage énormément, séjournant tour à tour en Inde, en Égypte, aux États-Unis, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Russie…
Au seuil des années 2000, il abandonne l’argentique et les tirages Cibachrome, au moment où Kodak s’apprête à cesser sa production de films Kodachrome, et se lance alors dans un travail d’expérimentation à l’aide d’une imprimante jet d’encre qui lui permet de travailler lui-même les couleurs.
Ces dernières années, son travail a fait l’objet de nombreuses rétrospectives, notamment à la MEP en 2015, au FOMU d’Anvers en 2016, à Toulon pour les Rencontres d’Arles en 2019 (dans le cadre du Grand Arles Express), et au Bal à Paris en 2023.

Photographe intuitif, Harry Gruyaert ne cherche pas à expliquer par ses photographies, mais à saisir l’instant où tous les éléments de l’image s’assemblent par un heureux hasard. Toujours attentif à ce qui se trouve autour de lui, guettant l’occurrence de ces coïncidences, les choses lui arrivent aussi par chance, constate-t-il. Mais rien n’est jamais préparé, et même le choix du sujet de ses photographies se fait pour lui de manière spontanée et presque inconsciente. À contre-courant de la photographie humaniste, le travail de Gruyaert intègre l’humain comme un élément du décor, un marqueur temporel, géographique ou social plus qu’un sujet central. C’est la couleur qui s’impose au-dessus de tout dans ses compositions jouant sur la lumière et les ombres marquées, saisies dans des cadrages décalés.

Au cours de ses pérégrinations, Harry Gruyaert a beaucoup arpenté les villes. L’exposition A Sense of Place, installée sur deux niveaux dans la Chapelle du Méjean (à côté des éditons Actes Sud), traverse sans ordre chronologique les cinq décennies de l’œuvre du photographe par le prisme des paysages urbains.
La commissaire Géraldine Lay s’est associée à Cyril Delhomme, le scénographe du Bal à Paris, pour concevoir au premier étage un accrochage ménageant diverses perspectives au fil des déplacements du spectateur. Les couleurs des cimaises ont été sélectionnées pour faire écho au lieu – une chapelle – et les successions ou associations d’images ont été soigneusement choisies pour engendrer un rythme qui évoque le jazz.
Au rez-de-chaussée, le photographe fait place au réalisateur qu’Harry Gruyaert a toujours rêvé d’être, avec des films composés de montages de photos, projetés sur deux écrans et accompagnés d’une bande-son réalisée par le musicien Tuur Florizoone qui, lors de la semaine d’ouverture, effectuait des sessions live dans l’exposition, accompagné de son accordéon.

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(Harry Gruyaert, A Sense of Place, Chapelle Saint-Martin du Méjean, tous les jours de 9h30 à 18h jusqu’au 4 octobre).

Martine Barrat, Soul of the City [L’âme de la ville]

Née à Oran en 1933, la photographe française installée à New York depuis 1968 a connu une vie aventureuse. Après une enfance passée entre la France et l’Algérie – sa grand-mère maternelle, réfugiée russe en Algérie, était chirurgienne à l’hôpital d’Oran et sa mère revenait s’y installer à chacune de ses nombreuses grossesses – la jeune Martine Barrat rompt avec ses parents et embarque à quinze ans sur un navire marchand qui la conduit en Suède puis en Norvège. Elle y passe quelques années et, malgré les difficultés auxquelles elle est confrontée pour survivre, elle se souvient de cette période comme d’une expérience très constructive. « Certains font l’université, moi ça a été la rue et les gens que j’ai rencontrés ». En Norvège, elle fait précisément une rencontre déterminante en la personne d’Elsa Lindenberg, auprès de laquelle elle suit une psychothérapie fondée sur la danse et le mouvement qui orientera durablement le cours de sa vie. De retour à Paris dans les années 1960, elle rejoint la troupe de la danseuse et chorégraphe d’avant-garde Graciela Martínez, et participe à des spectacles avec le dramaturge et dessinateur Copi. Lors d’une tournée en Écosse avec le groupe Soft Machine, elle est remarquée par l’Américaine Ellen Stewart, dite la Mama, figure majeure du théâtre expérimental américain, qui lui propose de venir jouer dans son théâtre à New York. Durant l’été 1968, elle lui envoie un billet d’avion et Martine Barrat s’envole pour les États-Unis. Lors d’un spectacle, elle se casse la cheville et doit arrêter la danse. La Mama met à sa disposition un local dans son théâtre où Martine Barrat décide d’organiser, avec l’aide de musiciens qui travaillent sur place, des ateliers de vidéo et de musique pour les enfants du Lower East Side et d’Harlem. Le prix d’une caméra vidéo étant très élevé, Martine Barrat fait appel à ses amis et réussit à se procurer, grâce à Félix Guattari qu’elle a connu, comme Gilles Deleuze, à Paris en mai 1968, et dont elle restera très proche, une caméra qu’elle va récupérer dans une université au Canada. C’est le début de son travail avec l’image, qui est surtout un travail collaboratif et participatif, d’abord avec les enfants – qu’elle amène à raconter leur propre histoire – puis qu’elle élargira à d’autres groupes de personnes dans le South Bronx et Harlem. Au début des années 1970, elle fait la connaissance de Pearl, chef de gang des Roman Kings du South Bronx. Dans ce quartier délabré, totalement abandonné des services publics, la détermination et le cran que montre la petite Française un peu candide qu’elle semble être au premier abord pour les habitants du lieu et qui pourrait faire d’elle une proie facile, lui permettent d’entrer en contact avec plusieurs gangs auquel elle décide de consacrer un travail documentaire : le film You Do The Crime, You Do The Time, qui sera exposé au Whitney Museum en 1978, est le résultat de sa collaboration avec les membres des gangs du South Bronx qu’elle encourage à se filmer eux-mêmes et avec lesquels elle écrit le scénario du film (elle demandera même au Whitney Museum que Pearl, le chef des Roman Kings, et Carlos Suarez, celui des Ghetto Brothers, soient les commissaires de l’exposition).

Martine Barrat, South Bronx, 1977

Martine Barrat au vernissage de son exposition au Whitney Museum, 1978

Après le vol de sa caméra, Pearl lui offre son premier appareil photo et c’est ainsi qu’elle devient photographe. Désormais seule derrière l’objectif, elle photographie les gens avec lesquels elle vit, les amis qu’elle retrouve chaque jour ou chaque semaine, les enfants, les mères, les grand-mères, les musiciens, tous ceux qui font partie de son quotidien et dont elle s’attache à montrer l’humanité et la beauté, malgré la pauvreté et la dureté de l’environnement dans lequel ils évoluent. Le regard qu’elle porte sur les membres de ces communautés n’est jamais misérabiliste mais toujours positif. Ses portraits cherchent à transmettre une image différente de celle chargée de stéréotypes que véhiculent les médias sur ces populations marginalisées.

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Dans les années 1980-1990, elle réalise un long travail d’immersion dans les clubs de jeunes boxeurs du Lower East Side, de Brooklyn, d’Harlem et du South Bronx, qui se matérialisera dans le livre Do or Die. Durant sept ans, elle retourne chaque semaine photographier les enfants et les jeunes qui s’entraînent dans ces clubs à la recherche d’une vie meilleure. Loin de la violence qu’elle imaginait trouver dans ces lieux, c’est le combat intérieur de ces jeunes qu’elle découvre et qui l’émeut, leur volonté farouche d’infléchir le destin en devenant des champions afin de sortir leur famille de la misère.

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C’est également dans les années 1980, en réalisant des reportages pour le journal Libération, qu’elle découvre le quartier de la Goutte d’Or à Paris et ses habitants majoritairement issus d’Afrique du Nord et subsaharienne. Là aussi, elle va tisser des liens avec les gens qu’elle rencontre, dont elle réalisera des portraits empreints d’humanité.

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Invitée à exposer ses photos au musée d’art moderne de Paris en 1984 durant le mois de la photo, on lui propose de faire voyager son exposition et elle séjourne alors en Afrique et au Japon, où elle rencontre le couturier Yoji Yamamoto qui publiera son premier livre et lui confiera plus tard des vêtements qu’elle photographiera sur les habitants des favelas au Brésil.

Martine Barrat, Yohji Yamamoto, Collection Printemps/Été, Brésil, 1989

Au fond de l’exposition, on peut voir le film « Woman is Sweeter » réalisé en 1973 pour Yves-Saint-Laurent (la bande-son est composée par Galt MacDermot, compositeur de la comédie musicale Hair). Leur longue amitié remontait à l’enfance et à leurs jeux partagés sur la plage d’Oran. Yves Saint-Laurent lui resta fidèle toute sa vie et fut son plus grand collectionneur. Martine Barrat réalisa pour lui deux autres films dédiés à un parfum et à une collection.

Martine Barrat, Yves Saint-Laurent chez lui, 1980

Martine Barrat, Image du film Woman Is Sweeter, 1973

Dotée d’une vitalité exceptionnelle, Martine Barrat vit toujours dans le légendaire Chelsea Hotel de Manhattan, lieu mythique de la bohême artistique newyorkaise qui accueillit pendant des décennies artistes, écrivains, et musiciens célèbres. Aujourd’hui transformé en palace, l’hôtel n’abrite plus que quelques-uns des anciens résidents à l’année (que le promoteur tente régulièrement de pousser dehors). Martine Barrat y occupe encore le petit deux-pièces dans lequel elle a élu domicile il y a plus de cinquante ans. Ayant eu quelques problèmes de santé au printemps, elle n’a pas pu faire le déplacement pour Arles cet été mais conserve l’enthousiasme et l’amour de la vie qui l’ont accompagnée tout au long de son existence et imprègnent tout son travail photographique.

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(Martine Barrat, Soul of the City, Espace Van Gogh, jusqu’au 4 octobre).

William Klein, This Way to Heaven [Par ici le paradis] *

Souvent mis à l’honneur par les Rencontres d’Arles, le plus français des photographes américains bénéficie à l’occasion du 100e anniversaire de sa naissance d’une exposition qui met l’accent sur un aspect moins connu de son travail, dans lequel il livre une critique sévère des médias de masse, de la publicité et de la société de consommation. Le regard caustique et visionnaire de cet artiste qui n’a cessé de remettre en question les conventions du langage visuel est mis en lumière dans une rétrospective réunissant photographies, films, dessins et peintures. Présentée, comme celle d’Harry Gruyaert, dans une chapelle – ici celle du musée Arlaten -, l’exposition est intitulée « This Way to Heaven » – un titre qui sonne comme un slogan publicitaire, à l’image des campagnes commerciales dont il moquait le caractère racoleur et terre à terre.

Né à New York en 1926 de parents juifs hongrois, William Klein s’installe à Paris à la fin de son service dans l’armée américaine en 1946. Il commence par étudier la peinture auprès de Fernand Léger et se lance dans l’abstraction. Ses premières expositions ont lieu d’abord en Belgique, puis en Italie où il collabore avec un architecte à la création de peintures murales géométriques Hard edge à Milan. Parallèlement, il effectue des expérimentations photographiques pour documenter et développer ses productions picturales.

William Klein, Premières expérimentations, vers 1952

William Klein, Panneaux peints à Milan, 1952

Au salon des Réalités nouvelles à Paris en 1954, il rencontre Alexander Liberman, directeur artistique du magazine Vogue, qui lui propose un contrat et avec lequel il collaborera pendant plus de dix ans. Klein révolutionne alors la photographie de mode en faisant descendre les mannequins dans la rue et en les photographiant dans un style dynamique et moderne. Durant son séjour à New York en 1954, il commence un journal photographique dans lequel il bouscule les codes de l’image, recourant au grand angle, au flou, aux contrastes très marqués et aux cadrages décalés, pour capter des images saisissantes de la ville, de ses habitants, et de son décor graphique et commercial exubérant. Refusé par Vogue, « Life is Good & Good for You in New York » – dont on peut voir la maquette originale dans l’exposition – est publié à Paris, Rome et Londres en 1956. Révolutionnaire dans sa forme, le livre apparaît comme un condensé, explosif et disparate, de l’énergie qui traverse la ville de tous les contrastes. Il sera récompensé par le prix Nadar l’année suivante. Après ce succès, William Klein consacrera un livre à Rome (1959), à Moscou (1964) et Tokyo (1964), puis, bien plus tard, à Paris (2002).

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Dans les années qui suivent, c’est le cinéma qui va l’occuper principalement. En 1956, Fellini, qui a vu son livre sur New York, lui propose un poste d’assistant pour son prochain film à Rome. Le projet étant retardé, Klein photographie la ville éternelle et en réunira les images dans le livre qui sera publié un peu plus tard. En 1958, il tourne aux États-Unis son premier film, Broadway by Light, un court-métrage dans lequel défilent sur fond de ciel nocturne les néons publicitaires colorés et clignotants de Broadway, dont Klein s’amuse à saisir les reflets déformés dans les vitrines, les vitres des voitures qui passent ou les flaques d’eau. Au cours des années 1960 et 1970, il délaisse complètement la photographie pour enchaîner films documentaires, longs métrages et fictions. L’exposition présente des extraits d’une petite dizaine de films, parmi lesquels les documentaires sur la guerre du Vietnam (Loin du Vietnam, 1967) et sur Mai 1968 (Grands soirs et petits matins, sorti en 1978), et s’attarde plus longuement sur le film consacré au mythique Cassius Clay, alias Muhammad Ali (1964-1974) – qui pour Klein n’incarne pas seulement le fabuleux champion de boxe mais aussi le meilleur défenseur des droits civiques des noirs américains -, ainsi que sur les films de fiction Mr Freedom (1968) – une critique ouverte de l’impérialisme américain et de la spectacularisation de la guerre par la télévision (qui transforme selon lui le spectateur en consommateur apathique et indifférent) avec des personnages inspirés des comics – et Who are you, Polly Maggoo ? (1966) – une satire virulente du monde de la mode et de la télévision, qui anticipe de manière stupéfiante la télé-réalité d’aujourd’hui et constitue sans doute le plus emblématique de tous ses films (son héroïne est incarnée par le mannequin Dorothy McGowan qu’il a photographiée plusieurs fois pour Vogue au cours des années précédentes).

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En marge de son travail cinématographique, William Klein réalise en outre 250 films publicitaires. Dans les années 1980, il revient à la photographie et entreprend alors d’explorer ses archives, innovant une nouvelle fois en créant des images qui associent les planches-contacts de ses films avec la peinture dans un geste très graphique qui devient une signature.
Dans les années 1990, il réalisera encore plusieurs films, consacrés notamment à son travail sur la mode, In and Out of Fashion (1993-1994), et à l’oratorio Le Messie (1999) de Haendel, pour lequel il ira filmer des chœurs dans les lieux les plus improbables, comme la prison de Sugarland au Texas, dont il filme les détenus chantant  » For unto us a child is born [Un enfant est né, un fils un est donné] « . À partir des années 2000, de grandes expositions lui seront consacrées un peu partout, et de nombreux livres seront publiés sur son travail. Impliqué jusqu’aux derniers jours dans les différents projets qui l’occupaient encore, William Klein s’est éteint le 12 septembre 2022.

William Klein, Scène tournée dans la prison de Sugarland, au Texas pour le film Le Messie, 1999

Reconstitution d’une installation conçue par William Klein pour une vitrine du magasin Jaeger, avec des images découpées de personnes photographiées dans la rue, dans les manifestations ou pour la mode lors des dix années précédentes, 1965 © Isabelle Henricot

* Des problèmes de structure décelés dans le plafond du bâtiment ont malheureusement contraint les responsables du musée Arlaten à fermer le 22 juillet la chapelle qui abrite l’exposition. D’abord provisoire, la fermeture est maintenant annoncée comme définitive. J’ai choisi de publier tout de même le texte la concernant pour que ceux qui ne l’auront pas vue puissent se faire une idée du travail présenté.

(William Klein, This Way to Heaven, Chapelle du musée Arlaten, exposition fermée de manière anticipée depuis le 22 juillet).

Modèle animal. 200 ans de photographie

Qu’il partage sa vie avec la nôtre ou évolue librement dans la nature, l’animal a toujours fait partie de notre environnement et constitué un sujet de représentation privilégié pour les artistes. La photographie ne fait que prolonger cet intérêt dont on peut observer les manifestations depuis la Préhistoire. L’exposition présentée à la Mécanique générale par Nathalie Herschdorfer, la directrice de Photo Élysée (musée de la photographie de Lausanne) qui en est la commissaire, s’empare de ce très vaste sujet pour l’explorer à travers deux cents ans de photographie, faisant coïncider sa présentation avec le bicentenaire du médium dont on s’apprête à célébrer l’anniversaire.

Avant d’aborder le contenu de l’exposition, il conviendrait de faire une mise au point sur son intitulé qui pose d’emblée un problème sémantique puisque, d’un point de vue strictement scientifique, et plus précisément zoologique, l’être humain fait partie intégrante du règne animal. Or, même s’il paraît évident pour tout le monde que l’animal auquel il est fait référence dans le titre choisi pour l’exposition se distingue par son statut de celui qui en fait ici le portrait, il est peut-être utile de rappeler que cette distinction, qui s’est imposée dans le langage courant, repose sur des critères culturels, philosophiques ou moraux qui ont longtemps permis à une partie des humains de s’autoproclamer maîtres incontestables de la Terre et de tous ses habitants. Cette manière d’envisager les choses évolue, lentement, sous la pression des crises environnementales notamment, mais aussi à la lumière des recherches en éthologie qui montrent que les animaux possèdent une conscience, qu’ils éprouvent des sentiments et sont capables d’utiliser des outils, de manière certes moins complexe et développée chez les animaux non humains que chez l’homme, mais que les éléments traditionnellement invoqués pour différencier l’être humain du reste du monde animal (le langage, la conscience, la capacité d’élaborer des concepts…) sont également observés, à des degrés variables, auprès des autres espèces animales étudiées. Ces remarques pour expliquer pourquoi il aurait paru nécessaire de préciser la définition d’animal dans l’introduction de l’exposition, et peut-être aussi de rappeler brièvement, de manière factuelle, comment le droit et les idées sur la question animale ont évolué entre le début du XIXe et le début du XXIe siècle – période qui forme le cadre chronologique de l’exposition (les textes accompagnant les différentes sections de l’exposition n’abordent cette question que de manière très superficielle).

Mais revenons à l’exposition proprement dite. L’ampleur du sujet a conduit la commissaire et le comité curatorial qui l’a accompagnée dans sa préparation à proposer un cheminement en sept étapes, correspondant à sept « regards photographiques ».
Le premier est un « regard anatomique » avec les premières photographies qui, grâce aux progrès techniques, se substituent aux dessins qui illustraient jusque là les albums de sciences naturelles. Cette section permet de découvrir notamment les microphotographies de mouches ou d’araignée réalisées vers 1850 par Auguste-Adolphe Bertsch, lesquelles, en détaillant des fragments d’organes, facilitent l’étude et la classification de l’animal. On assiste aussi aux débuts du cinéma scientifique et sous-marin avec un film documentaire sur la pieuvre tourné en 1928 par Jean Painlevé qui, passionné par la faune marine entre autres centres d’intérêt, réalisa avec l’aide de sa compagne Geneviève Hamon plus de 200 films, dont une vingtaine destinés au grand public. Sont également présentées, du même auteur, deux superbes images d’hippocampe, son animal fétiche, auquel il consacra également un film.

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Dans l’esprit des typologies chères à la photographie documentaire, le Britannique né au Kenya, James Mollison, a réalisé, en appliquant les codes de la photographie d’identité, le portrait d’une cinquantaine de primates dont l’individualité des traits, mais aussi la ressemblance avec les humains, est extraordinairement frappante et laisse peu de doutes sur la proximité qui nous lie à eux (l’être humain partage environ 98,7 % de l’ADN des chimpanzés et des bonobos, environ 98,4 % de celui des gorilles, et près de 97 % de celui des orangs-outangs). Chaque individu photographié par Mollison est nommé, et identifié par son espèce et son âge, ce qui le personnalise d’autant plus. Le photographe a passé quatre ans à voyager en Afrique et en Indonésie pour rencontrer ces primates, souvent orphelins du commerce illégal de la viande de brousse et du trafic d’animaux.

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Suivant les mêmes codes du portrait classique, le photographe de studio et de publicité Randal Ford photographie les animaux en position frontale, isolés sur un fond blanc, ce qui leur donne une singularité particulière.

Randal Ford, Coq et poules polonaises / Alpagas, 2024

Avec le « regard performatif », c’est le cirque, le zoo, et le dressage qui servent de cadre à l’animal. Celui-ci est mis en scène, soumis à des postures ou des figures, contraint à un comportement commandé par l’homme. Si la fascination pour les animaux exotiques et sauvages remonte au moins à l’Antiquité, elle prend, à partir de la Renaissance, un nouvel essor avec les empires coloniaux qui vont développer auprès de l’aristocratie le goût pour les animaux venus de contrées lointaines, que l’on s’offre en cadeau et que l’on installe dans des ménageries privées. Les zoos modernes apparaissent dès le XVIIIe siècle mais c’est principalement au XIXe siècle que se développent dans toute l’Europe, puis aux États-Unis, ces « jardins zoologiques » devenus des lieux de promenade pour les citadins. Parallèlement, le cirque, venu d’Angleterre, connaît un développement exceptionnel au XIXe siècle en s’adjoignant des ménageries d’animaux exotiques qui viennent compléter les démonstrations équestres et les acrobaties. On peut voir dans l’exposition le célèbre hippopotame Obaysch, photographié au zoo de Londres en 1852, somnolant sur les pavés qui bordent le bassin aménagé dans sa cage. L’animal avait été capturé tout jeune sur une île du Nil Blanc à la demande du consul britannique au Caire en 1849, qui l’avait échangé, ainsi qu’une lionne et un guépard, contre des lévriers et des dogues offerts au vice-roi d’Égypte, et l’avait envoyé à Londres par bateau en 1850. Derrière les barreaux se masse une foule de visiteurs – on en comptait jusqu’à 10.000 par jour – venus observer le phénomène, inédit dans l’histoire de l’Europe depuis l’Antiquité romaine.

Don Juan, comte de Montizón (Jean de Bourbon), Obaysch, zoo de Londres, 1852

Le dressage est l’objet de multiples témoignages photographiques, depuis les premiers numéros de cirque immortalisés par la photographie jusqu’aux fameuses images de l’Américain William Wegman, soumettant ses braques de Weimar à toutes sortes de mises en scène anthropomorphiques souvent très drôles, ou aux impressionnants dresseurs d’hyènes du Nigéria photographiés par le Sud-Africain Pieter Hugo.

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L’accrochage est ponctué de capsules consacrées à des photographes qui ont souvent fixé leur objectif sur les animaux, comme ici le Britannique Martin Parr et son irrésistible humour grinçant (auquel un hommage photographique est par ailleurs rendu à l’hôtel Nord Pinus jusqu’au 4 octobre), ou le Franco-Américain Elliott Erwitt et ses photos de chiens si cocasses.

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La section du « regard affectif » embrasse un large éventail d’images focalisées principalement sur les animaux domestiques et montre la place privilégiée que ceux-ci occupent dans le foyer (chats et chiens en particulier, mais aussi cochons, oiseaux… ). On le constate dans les diapositives d’amateurs des années 1950 collectées dans The Anonymous Project de Lee Schulman où ils sont omniprésents, mais aussi dans les photographies encadrées de chats et de chiens récupérées dans les brocantes par Jean-Marie Donat, témoignant de la relation d’attachement tissée entre ces compagnons fidèles et leurs maîtres. La série de portraits de 176 chats en céramique photographiés sur la plateforme eBay par l’artiste américaine Penelope Umbrico en apporte une nouvelle preuve en forme de clin d’œil.

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La beauté de la faune sauvage se dévoile dans le « regard fasciné » des photographes animaliers. Cette orientation du médium photographique apparue chez les naturalistes du XIXe siècle se développe aujourd’hui dans un contexte de fragilité croissante des écosystèmes qui conduit nombre de ses protagonistes à s’engager pour la défense de la nature et des cultures indigènes, à l’instar de la Mexicaine Flor Garduño, ou du Brésilien Sebastião Salgado dont les somptueuses photographies ont fait le tour du monde. On peut voir dans la même section les images d’une grande poésie du Japonais Masao Yamamoto, le sublime loup blanc émergeant d’un paysage immaculé saisi par Vincent Munier, ou encore les inquiétants corbeaux envahissant l’objectif de la Japonaise Masahisa Fukase.

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La section du « regard éthique » montre toute l’ambivalence de notre rapport aux animaux, en confrontant les photographies touchantes documentant les relations d’intime proximité nouées par la biologiste et zoopsychologue polonaise Simona Kossak avec les animaux de la forêt de Bialowieza (dans laquelle elle s’installa dans les années 1970 et passa plus de trente ans, rejointe par le photographe animalier et naturaliste Lech Wilczek qui devint son compagnon et la photographia), aux images effroyables des abattoirs, qui ne sont que la face cachée des barquettes de viande sous plastique que l’on achète sans réfléchir au supermarché. Sont aussi rassemblées ici des images de chasse, ou d’animaux de laboratoires, qui donnent une vision radicalement différente de notre rapport à l’animal, aussi déconnectée de celles qui racontent l’attention et le soin que s’il s’agissait de deux réalités différentes.

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Sous le « regard plastique », l’animal devient champ d’expérimentation, source d’inspiration, et partenaire de création pour le photographe. Il se prête à la mise en scène ou sert de décor à son imaginaire. La photographe italienne d’avant-garde Wanda Wulz, associée aux courants futuriste et surréaliste, réalise en 1932 son portrait le plus célèbre en superposant son visage à celui d’un chat. Connu pour ses clichés en noir et blanc illustrant les faits divers de la vie nocturne new-yorkaise, puis l’univers de la fête, l’Américain Weegee s’est amusé à partir de la fin des années 1940 à créer des images déformées à l’aide de trucages divers. Sa série de chats à trois yeux illustre ce goût de la manipulation et de l’insolite. La photographie de mode exploite largement, elle aussi, la qualité plastique de l’animal. Helmut Newton, David Bailey et Hiro en font ici la démonstration.

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La section du « regard viral » qui clôture le parcours aborde la métamorphose opérée par internet et les réseaux sociaux sur notre rapport à l’image. Dans ces immenses canaux à travers lesquels les images naviguent à toute vitesse, emportées dans le tourbillon des algorithmes, et sont tour à tour reproduites, transformées, fragmentées ou détachées de leur contexte, l’animal tient une place de premier plan. Cependant, ce n’est plus l’animal réel qui intéresse les réseaux mais le potentiel de son image à devenir virale, disposition que l’intelligence artificielle contribue à renforcer en créant des images hybrides. L’œil se familiarise ainsi avec une image qui n’est plus le reflet du vivant mais qui en offre une autre représentation, ce qui pose de nombreuses questions qui auraient mérité d’être formulées. Les images présentées ici relèvent de ces mutations, jouant tantôt sur le registre esthétique, tantôt sur celui de l’humour. Ce n’est, à mon avis, pas la partie la plus convaincante de l’exposition, peut-être parce que l’art numérique n’en est encore qu’à ses débuts, mais il était probablement difficile d’éluder ce chapitre face à la quantité phénoménale d’images d’animaux véhiculées par internet. Le duo italo-américain Eva & Franco Mattes et le Suisse Augustin Rebetez s’emparent des images de chats, qui prolifèrent sur les réseaux, pour en faire des créatures mutantes, monstrueuses ou inquiétantes. Weronika Gesicka accompagne ses animaux imaginaires de pseudo-classifications zoologiques, parodiant ainsi le discours scientifique. Le Français Robin Lopvet associe des photographies d’animaux domestiques à celles de catastrophes. Ces images visuellement frappantes cochent toutes les cases nécessaires pour devenir virales, même si elles sont vides de sens. On peut y voir une forme d’humour absurbe, ou pas.

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En rassemblant environ deux cents photographes et près de six cents œuvres autour d’un thème extrêmement populaire, l’exposition Modèle animal est une des locomotives de cette édition des Rencontres. Elle offre en outre l’opportunité de voir des photographies rares et de grande qualité. On regrettera cependant que le comité curatorial dont s’est entourée la commissaire n’ait pas inclus un spécialiste de l’histoire animale et un zoologiste ou un éthologue, dont les éclairages auraient donné plus de profondeur à un sujet qui intéresse tant de monde.

(Modèle animal. 200 ans de photographie, Mécanique générale, Parc des Ateliers, jusqu’au 4 octobre).

Nos rêves lointains. Regards sur la collection photographique de la Fnac.

Si j’ai retenu cette exposition, c’est avant tout pour sa forme originale qui associe une sélection d’images photographiques à un texte de fiction composé par un écrivain, en l’occurrence la romancière Nathacha Appanah, autrice de La Nuit au cœur, roman couronné l’an dernier par le prix Femina et le Goncourt des lycéens.
Initiée dès 1978, la collection de la Fnac est l’une des plus importantes collections photographiques d’entreprise en France. Ses 1.800 tirages sont aujourd’hui conservés au musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône. La centaine d’images sélectionnées pour l’exposition par les commissaires Fannie Escoulen et Laure Augustins ont en commun l’idée du voyage, réel ou rêvé. Invitée à construire un texte en relation avec cette sélection, Nathacha Appanah l’a examinée avec attention avant de la mettre de côté, afin d’en laisser le souvenir imprégner sa mémoire et réveiller ses propres souvenirs. En est né un récit entre rêve et réalité, où les photographies servent de point d’ancrage à l’écriture, tout en nourrissant l’imaginaire de l’écrivaine. Dispersés dans le parcours, des extraits du texte imprimé dialoguent avec les images, se connectant avec elles ou leur ouvrant les portes d’un nouvel imaginaire, tandis que la voix de Nathacha Appanah résonne en écho, venant y entremêler une histoire… de voyage et de rêve. L’exposition rassemble beaucoup de noms célèbres de la photographie : Bérénice Abbot, Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis, Lucien Hervé, Edouard Boubat, Marc Riboud, Sergio Larrain, Josef Koudelka, Raymond Depardon, Bernard Plossu, Antoine d’Agata et bien d’autres.

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(Nos rêves lointains, Monoprix, jusqu’au 4 octobre). 

À voir aussi

L’une des thématiques qui articulent cette édition des Rencontres intitulée « Des mondes à relire » est consacrée aux indépendances africaines, avec notamment une exposition consacrée au Ghana, ancienne colonie britannique qui fut la première à reprendre son indépendance en 1957. L’exposition placée sous le commissariat de Damarice Amao montre le rôle essentiel qu’a joué la photographie dans l’élaboration de la nouvelle identité du pays. À l’instigation de son président Kwame Nkrumah, magazines illustrés, timbres, billets de banque et livres de photographie ont contribué à forger de la jeune république une image moderne et optimiste, où les femmes occupaient le premier plan sous l’objectif de l’Américain Paul Strand, du Français Marc Riboud (accompagnant les textes de Jane Rouch), de l’Américain Willis E. Bell (avec la dramaturge ghanéenne Efua Sutherland) et des Ghanéens James Barnor et Felicia Abban. En marge de ces photographies historiques, l’exposition présente de jeunes artistes ghanéens contemporains dont le travail revisite cette période avec nostalgie.

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(Ghana ! Rêver l’indépendance 1957-1976, Palais de l’Archevêché, jusqu’au 4 octobre).

Dans le même chapitre, une petite exposition est dédiée à l’Ivoirien Paul Kodjo, qui se lança dans la photographie après l’indépendance de la Côte d’Ivoire en 1960, vint étudier la photographie en France, puis retourna à Abidjan ouvrir en 1970 une agence dédiée à la publication de photoromans, un genre qu’il fut l’un de premiers photographes africains à explorer. L’exposition rassemble des images de ce travail à la croisée de la photographie et du cinéma, aux côtés de celles prises par Kodjo dans les soirées festives d’Abidjan, dans cette période de grande prospérité que connut le pays durant les années 1960-1970.

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(Paul Kodjo : Photoromance, Croisière, jusqu’au 4 octobre).

Pour rester en Afrique, on suivra Bruno Boudjelal dans sa traversée au long cours, parcourant du nord au sud le continent africain sur des routes incertaines au bord desquelles surgissent des images floues aux cadrages décalés que l’on garde longtemps en mémoire.

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(Bruno Boudjelal, Goudron Tanger-Le Cap, Commanderie Sainte-Luce, jusqu’au 4 octobre)

Une autre grande thématique du festival s’attache à étudier le vivant, sous sa forme animale et végétale. À côté de l’exposition Modèle animal abritée à la Mécanique Générale, on visitera le jardin d’Edward Steichen, que le grand photographe américain d’origine luxembourgeoise et éminent représentant du pictorialisme a photographié tout au long de sa vie avec une grande sensibilité.

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(La nature d’Edward Steichen, Mécanique générale, jusqu’au 4 octobre).

À Croisière, une petite exposition permet de découvrir les merveilleuses photographies en noir et blanc pleine de poésie du finlandais Pentti Sammallahti qui semblent hors du temps.

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(Pentti Sammallahti, Croisière, jusqu’au 4 octobre).

Une promenade au Jardin d’été permet d’admirer les fleurs photographiées en très grand format de cinq artistes dont les recherches ne se cantonnent pas à la botanique mais interrogent l’écologie, la politique et l’histoire.

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(Flower Power, Jardin d’été, jusqu’au 4 octobre).

S’inscrivant dans la thématique des Archives incertaines, l’exposition Being there est le résultat d’une collaboration entre le réalisateur et photographe britannique Lee Schulman, fondateur de The Anonymous Project, et le photographe sénégalais Omar Victor Diop, connu pour ses autoportraits incarnant des personnages historiques. Constituée de dizaines de milliers de diapositives de photographes anonymes des 70 dernières années, The Anonymous Project est l’une des plus grandes collections de photographie couleur amateur au monde (déjà présentée à Arles il y a quelques années, et dont une série de diapositives sont exposées dans Modèle animal). L’idée de cette collaboration est née d’un constat. En regardant les milliers de diapositives Kodachrome réalisées en Amérique du Nord dans les années 1950 et 1960, Lee Schulman se heurte à une évidence : celle de la ségrégation raciale [De la fin du XIXe siècle jusqu’en 1964, la législation des États-Unis a imposé la séparation des blancs et des noirs dans les transports en commun, les écoles, les restaurants et hôtels, les hôpitaux, les logements, les églises, les salles de spectacle, les salles d’attente, les toilettes, les bibliothèques, les prisons, les cimetières… Même si le Civil Rights Act de 1964 a mis fin à la ségrégation légale, elle s’est longtemps maintenue de facto dans la société civile, en particulier dans le Sud des États-Unis, et est encore d’actualité dans les domaines résidentiel et scolaire, notamment]. À partir d’une photo représentant une assemblée d’hommes blancs attablés, avec une chaise vide au premier plan (vraisemblablement celle du photographe), Schulman a l’idée de proposer à son ami Diop de prendre cette place. L’idée s’élargit dans la foulée pour s’appliquer à une série d’images de la bourgeoisie blanche aisée des années 1950 représentée dans des situations banales de séjours de vacances ou de fêtes de famille. La mise en œuvre du projet a nécessité un long travail de production à l’aide d’une équipe de réalisation cinématographique. Le style des vêtements, le grain de l’image, la lumière, la distance de la prise de vue, ont fait l’objet d’une sélection très soigneuse pour s’adapter au cadre des photos et se fondre dans le décor. Le résultat est bluffant et Diop, parfaitement à l’aise, joue son rôle à merveille. On ne peut s’empêcher de sourire ou de rire, comme d’une bonne blague faite a posteriori à ces gens sans histoires, mais la prise de conscience de la réalité d’alors laisse un arrière-goût amer. Aux abonnés de l’entre-soi et du « c’était mieux avant », Schulman et Diop semblent dire : « ç’aurait pu être mieux avant »…

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(Lee Schulman, Omar Victor Diop, Being there, Ancien collège Mistral, jusqu’au 4 octobre).

Pour ceux qui en ont le temps, une escapade jusqu’à l’abbaye de Montmajour permet de voir deux expositions des Rencontres qui ne manquent pas d’intérêt en bénéficiant de son cadre magnifique.
Dans le réfectoire, un ensemble d’autoportraits de grand format de l’Afro-Américaine Ayana Jackson revisite de grandes figures féminines du XIXe siècle, telles que Mary Fields, Amelio Robles, les Adelitas de la révolution mexicaine, ou encore l’écuyère noire Selika Lazevski photographiée par Nadar en 1891 (série You Forgot to See Me Coming), dans une volonté de restituer aux minorités afro-américaines, et en particulier aux femmes, leur place dans les grands récits nationaux. Dans Intimate Justice in the Stolen Moment, l’artiste offre symboliquement aux femmes noires de l’époque coloniale des moments d’introspection ou de liberté auxquels elles n’ont pas eu droit.

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(Ayana V. Jackson, La bonne nouvelle n’est pas annoncée au sommet des montagnes mais dans les clairières, Abbaye de Montmajour, jusqu’au 4 octobre).

Pendant près de dix ans, la photographe française Anne-Lise Broyer a consacré de multiples voyages à la découverte des rives de la Méditerranée, abordant chacune de ses étapes par les sites archéologiques avant d’élargir son regard alentour. Accrochées sur une seule ligne à hauteur d’yeux, ses photographies en noir et blanc, aux contrastes assourdis par le soleil, mêlent dans un même regard les évocations de lieux historiques, chargés de leur puissant imaginaire, et les représentations de la réalité contemporaine. Rythmées par des vues de la mer dépourvues de tout repère temporel, les images de ruines de cités disparues alternent avec celles de ruines contemporaines, les visages des statues antiques côtoient celles des visages d’aujourd’hui, rivés vers cette mer qui est à la fois berceau et cimetière. Entre les images se glissent des textes d’écrivains ou de poètes, invités par l’artiste – passionnée de littérature – à apporter leur voix à ce chant photographique.

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(Anne-Lise Broyer, Mediterranée. Est-ce là que l’on habitait ?, Abbaye de Montmajour, jusqu’au 4 octobre).

En dehors du festival proprement dit, les fondations privées offrent elles aussi un large panel d’expositions. On n’entrera pas dans le détail, faute de temps, mais la série de photographies peintes de Gerhard Richter, présentée à la fondation LUMA, vaut assurément le détour.

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(Gerhard Richter, Overpainted Photographs, LUMA Arles, jusqu’au 11 janvier 2027).

Toujours à LUMA, dans la grande halle, l’exposition Correspondences de Soundwalk Collective et Patti Smith, présente sur des écrans géants une série de films sur des sujets parfois brûlants d’actualité si l’on ose dire : incendies, changement climatique, extinction des espèces, entre autres évocations nostalgiques ou visionnaires.

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(Soundwalk Collective, Patti Smith, Correspondences, LUMA Arles, jusqu’au 9 novembre).

La fondation Lee Ufan accueille la première exposition européenne du travail photographique du célèbre réalisateur coréen Park Chan-wook. Son œil affuté s’arrête sur des détails formels, des éléments incongrus du paysage urbain, il souligne la beauté des racines entrelacées d’un pin, la grâce d’une femme qui laisse glisser de ses épaules un manteau somptueusement brodé, il immortalise un groupe de parasols serrés les uns contre les autres évoquant une assemblée de fantômes, se pose un instant sur une petite baleine de Minke échouée au pied d’un container de glace, puis s’élève au-dessus de la plage pour saisir les dernières traces de pas que la mer efface, épinglant au passage la silhouette minuscule d’un nageur solitaire posée sur la surface de l’eau. Éphémères instants d’éternité.

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(Park Chan-wook, Par un matin calme, Lee Ufan Arles, jusqu’au 4 octobre).

La fondation Manuel Rivera-Ortiz réunit sous le titre Come Together une série d’expositions abordant la notion de lien sous diverses formes. Cela va des liens communautaires exprimés dans les joyeux rituels funéraires des peuples de culture ‘ga’ au sud du Ghana, étudiés par l’anthropologue et historienne de l’art ghanéenne Regula Tschumi qui montre les cercueils aux formes extravagantes choisis par les défunts (en association avec leur profession, leur animal ou leur objet fétiche), à toute la gamme des relations familiales, abordées par plusieurs expositions dans le cadre d’une collaboration avec Fotohaus, en passant par les liens partagés autour du souvenir d’une communauté d’amis aujourd’hui dispersée.

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(Come Together, Fondation Manuel Rivera-Ortiz, jusqu’au 4 octobre).

Dans le cadre du programme Arles Associé, il ne faut pas manquer non plus la rétrospective consacrée au photojournaliste Alain Keler, offrant un condensé de soixantaine années de pratique de ce grand photographe, lauréat du World Press Photo en 1986 et du Prix W. Eugene Smith en 1997.

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(Alain Keler : Rétrospective, Myop, Les Douches Municipales, jusqu’au 4 octobre).

À l’espace Vague, lieu associé au Kyoto International Photography Festival, sont exposées deux figures majeures de la photographie japonaise : Tokuko Ushioda et Rinko Kawauchi. Représentant deux générations différentes, ces artistes y exposent le fruit de leurs réflexions sur la vie familiale et quotidienne dans le foyer. Née en 1940, Tokuko Ushioda présente deux séries : My Husband (1978-1985), relatant le quotidien de sa famille, et ICE BOX (1981- en cours), constituée de portraits de réfrigérateurs réalisés dans différents foyers, qui en disent long sur la vie et la personnalité de leurs propriétaires, et témoignent des transformations des modes de vie et de consommation au fil des générations. Rinko Kawauchi, née en 1972, expose des photographies de sa série As it is (2020) qui documente avec sensibilité et tendresse les premières années de la vie de sa fille, et les accompagne de poèmes célébrant la beauté simple du cycle des saisons.

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Rinko Kawauchi & Tokuko Ushioda, From Our Windows, Vague, jusqu’au 20 septembre).

L’exposition organisée par Tess Druot à la galerie Fisheye rassemble trois photographes chinois autour de la notion de Gan – qui peut se traduire par affect, ressenti, émotion – pour s’intéresser à la façon dont les états émotionnels se traduisent dans le corps. Les photographies de Li Hui, artiste autodidacte privilégiant l’expérimentation, se concentrent sur des détails du corps en ne montrant presque jamais le visage de ses modèles, choisis parmi les gens qu’elle connaît. Hui Choi pratique la photographie en marge de son travail de coiffeur. Sa série A Swan’s Journey réunit des images très sensuelles, réalisées à la chambre en laissant une veilleuse allumée, ce qui perturbe les couleurs et donne à ses fonds une teinte azurée. La série I Hope Someday You’ll Join Us de Nyo Jinyong Lian, dont le titre est emprunté à la chanson Imagine de John Lennon, révèle un travail de fiction très construit développé dans des scènes soigneusement préparées.

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(Li Hui, Hui Choi, Nyo Jinyong Lian, Gan, Galerie Fisheye, jusqu’au 3 octobre).

https://www.rencontres-arles.com/fr

Photo de titre : Zana Brisky, Bearogram #3, États-Unis, 2020 (photogramme unique d’un ours noir d’Amérique, pris de nuit dans les forêts de l’état de New York)

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