Expositions, Instantanés

Photo Saint-Germain : balade photographique sur la rive gauche

La septième édition de Photo Saint-Germain se tient jusqu’au 24 novembre 2018 et propose 36 expositions réparties entre galeries, institutions, centres culturels et librairies.

Comme chaque année au moment de Paris Photo, le quartier de Saint-Germain-des-Prés se met à l’heure de la photographie. Étalée sur plus de deux semaines, la manifestation laisse aux visiteurs le temps de découvrir le travail des soixante photographes qui y sont exposés, certaines expositions se prolongeant même jusqu’en décembre.

Le parcours se concentre essentiellement dans le sixième arrondissement – et plus précisément dans le périmètre délimité par les rues Dauphine et Bonaparte – mais il déborde partiellement vers les cinquième et septième arrondissements.

Choisi cette année pour illustrer l’affiche de l’évènement, Thomas Boivin a réalisé à cette occasion une série en noir et blanc à l’allure vintage qui est une sorte de clin d’œil à l’époque mythique du Saint-Germain d’après-guerre. La photo des coffres fermés des bouquinistes qui fait l’en-tête de cette édition 2018 semble cependant rappeler que le temps glorieux où les intellectuels régnaient sur ce quartier est désormais révolu (à voir sur le site de Photo Saint-Germain) (Thomas Boivin, Saint-Germain-des-Prés, Galerie PhotoSaintGermain, 36 rue Guénégaud, 75006 Paris, mardi-samedi 14h-19h)*.

Thomas Boivin, Galerie PhotoSaintGermain

L’Académie des beaux-arts accueille Une odyssée sibérienne de Claudine Doury, reportage consacré aux populations autochtones de Sibérie extrême-orientale installées le long du fleuve Amour auprès desquelles la photographe a séjourné à plusieurs reprises. Retournée l’an dernier sur les lieux de ses reportages passés grâce au prix Ladreit de la Charrière dont elle fut la lauréate en 2017, Claudine Doury s’attache à montrer l’existence difficile de ces familles isolées et le destin tragique de ces peuples qui ont subi l’invasion soviétique avant d’être ensuite abandonnés à leur sort (Claudine Doury, Une Odyssée sibérienne, Académie des Beaux-Arts, 27 quai de Conti, 75006 Paris, mardi-dimanche 11h-18h, jusqu’au 25 novembre).

Claudine Doury, Une Odyssée sibérienne, Le fleuve Amour à Nergen, 2018, Académie des beaux-arts

Claudine Doury, Une Odyssée sibérienne, Académie des beaux-arts

Claudine Doury, Une Odyssée sibérienne, Nergen, 2018, Académie des beaux-arts

Dans la ligne des monographies consacrées au territoire initiées par le FRAC (fonds régional d’art contemporain) Normandie Rouen, celui-ci s’est associé au groupe Rubis – spécialisé dans le stockage de produits chimiques et pétroliers dans les zones portuaires – pour commander au photographe belge Geert Goiris une série dédiée au paysage industriel qui a fait l’objet d’une exposition à Rouen l’année dernière. À l’occasion de Photo Saint-Germain, le Frac présente un nouvel accrochage de ce travail à la galerie Art : Concept (Geert Goiris, Peak Oil, 12 rue Guénégaud, 75006 Paris, mardi-samedi 10h30-13h & 14h-19h).

Geert Goiris, série Peak Oil, Rubis Mécénat, FRAC Normandie Rouen Hors les Murs

Geert Goiris, série Peak Oil, Rubis Mécénat, FRAC Normandie Rouen Hors les Murs

Ancienne mannequin devenue photographe, Corinne Day s’est fait connaître au début des années 1990 en réalisant les premières photos de couverture de Kate Moss. Après avoir marqué le monde de la mode avec ses images qualifiées de « grunge » publiées dans de nombreux magazines (notamment dans plusieurs éditions du Vogue), la photographe britannique s’est tournée vers des recherches plus personnelles. L’exposition Diary présente des photos extraites du livre éponyme publié en 2000, retraçant dix années d’amitiés et d’excès. Corinne Day est décédée prématurément des suites d’une tumeur au cerveau en 2010 (Corinne Day, Diary, Galerie Gimpel & Müller, 12 rue Guénégaud, 75006 Paris, mardi-samedi 14h-19h30, jusqu’au 8 décembre).

Corinne Day, Diary, Tara and Tim at home Stoke Newington, 1999/2018, Galerie Gimpel & Müller

Autour du projet La Vallée – travail photographique initié en 2013 pour étudier l’empreinte laissée par la révolution industrielle dans le paysage des vallées reliant Firmigny, Saint-Etienne et Lyon – l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais présente une proposition de Nicolas Giraud et Bertrand Stofleth dans laquelle les deux photographes se sont intéressés aux constructions fragiles qui cohabitent avec les grands sites industriels au cœur de ces vallées (Nicolas Giraud & Bertrand Stofleth, La Vallée : micro-architecture, École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, 1 rue Jacques Callot, 75006 Paris, lundi-vendredi 10h-20h, samedi 10h-18h).

Nicolas Giraud & Bertrand Stofleth, La Vallée : micro-architecture, École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais

Lauréat du prix Fidal de la photographie documentaire, Philippe Grollier travaille depuis quinze ans à documenter le conflit sanglant qui a opposé les communautés catholique et protestante en Irlande du Nord, dont les blessures ne sont pas encore complètement fermées et que le Brexit risque de rouvrir. Après la série Peace Process et la série Bonfires sur la violence entre communautés opposées, il a entamé la série Peacewall, dans laquelle il photographie ces « murs de la paix » qui divisent les quartiers de Belfast (Philippe Grollier, The Irish works, Fidal Photo Hors les Murs, Galerie Sparts, 41 rue de Seine, 75006 Paris, mardi-samedi 14h30-19h30).

Philippe Grollier, Mur de la paix à Belfast, Fidal Photo Hors les Murs – Galerie Sparts

Philippe Grollier, Peacewall, Belfast, Fidal Photo Hors les Murs – Galerie Sparts

L’exposition Lumix meets beyond 2020 by Japanese Photographers #6 organisée par la revue photographique japonaise IMA Media Project pour soutenir de jeunes talents rassemble six photographes japonais autour du thème « Comment mieux comprendre le monde de l’incertitude ». La série Your Story présentée par Kenta Nakamura s’articule autour de rituels imaginaires que celui-ci traduit en images colorées et ludiques (Lumix meets beyond 2020 by Japanese Photographers #6, IMA- Galerie Nicolas Deman, 12 rue Jacques Callot, 75006 Paris, mardi-samedi 11h-19h).

Kenta Nakamura, Offerings, 2013, série Your Story, IMA Media Project – Galerie Nicolan Deman (Lumix meets Beyond 2020 by Japanese Photographers #6)

Inséparables depuis leurs études à New York puis à Paris, les artistes Elsa Parra (1990) et Johanna Benaïnous (1991) travaillent en duo sous le nom d’Elsa & Johanna.La galerie La Forest Divonne expose une sélection d’images tirées de la série A couple of them, un ensemble de 88 portraits dans lesquels les deux artistes incarnent à tour de rôle des personnages réels ou imaginaires campés dans des espaces publics, travail qui leur a valu plusieurs nominations ou récompenses de prix photographiques. Une autre série créée cette année, Beyond the shadows, présente des images plus intimistes, saisies cette fois en grande partie dans des intérieurs (Elsa & Johanna, A cross perspective, Galerie La Forest Divonne, 12 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris, mardi-samedi 11h-19h, jusqu’au 1erdécembre).

Elsa & Johanna, série A Couple of Them, 2014-2016, Galerie La Forest Divonne

Elsa Parra et Johanna Benainous lors du vernissage de l’exposition A cross perspective à la galerie La Forest Divonne © Isabelle Henricot

Au cours de la première semaine de Photo Saint-Germain, l’école des Beaux-Arts de Paris présentait des travaux photographiques réalisés par ses étudiants ou ses jeunes diplômés. Parmi les œuvres exposées, j’ai retenu celles de Yue Yuan, dont l’approche poétique, décalée et teintée d’humour sur les événements minuscules de la vie ordinaire m’a semblé assez irrésistible, et la vidéo de Sixtine de Thé et Alexandra de Saint Blanquat qui s’accompagne d’un très beau texte.

Yue YUAN, « 30 nov 2016, Arcueil, j’ai tourné des feuilles mortes en recto et verso », There was something happened or will happen, 2016-2017, Beaux-Arts de Paris, Des photographies au mur

Yue YUAN, « 07 déc 2016, Paris, j’ai retardé une feuille d’une minute », There was something happened or will happen, Beaux-Arts de Paris

Yue YUAN, « 13 mai 2017, Strasbourg, j’ai rejeté des pommes de pin dans l’arbre », There was something happened or will happen, Beaux-Arts de Paris

Yue YUAN, « Troc, 13.10.2017, j’ai échangé un citron entre Monoprix et Carrefour », There was something happened or will happen, Beaux-Arts de Paris, Des photographies au mur

Sixtine de Thé & Alexandra de Saint Blanquat, Me souvenir de ce qui est , 2018, Beaux-Arts de Paris

Au Centre tchèque de Paris, on peut voir un témoignage inédit et poignant réalisé par Josef Sudek au lendemain de la guerre dans le centre de Prague laissé à l‘état de ruines (Centre tchèque de Paris, 18 rue Bonaparte, 75006 Paris, mardi-samedi, 13h-18h, jusqu’au 14 décembre).

La galerie Folia montre One and a half meter de Peter Puklus, série dans laquelle le photographe évoque cette distance d’1,50 m qui définit la zone d’intimité entourant chaque personne. Les portraits représentent les proches du photographe, ceux qui gravitent précisément dans cette zone d’intimité. La série inclut aussi des images d’objets du quotidien et des vues de l’espace domestique caractérisant la vie privée (Peter Puklus, One and a half meter, Galerie Folia, 13 rue de l’Abbaye, 75016 Paris, mardi-vendredi 13h-19h, samedi 11h-19h, jusqu’au 15 décembre).

Peter Plukus, One and a half meter, Melinda after hairwashing, 2005, Galerie Folia

Peter Plukus, One and a half meter, Galerie Folia

À l’Institut Culturel Italien, l’exposition In festa rassemble soixante photographies en noir et blanc issues des archives du grand photographe italien Gianni Berengo Gardin, témoignant autour du thème de la fête de la richesse des traditions populaires régionales italiennes (Gianni Berengo Gardin, In festa, Centre Culturel Italien, 50 rue de Varenne, 75007 Paris, lundi-vendredi 10h-13h et 15h-18h, jusqu’au 6 décembre).

Gianni Berengo Gardin, En attendant la procession de la madonne des étoiles, Oriolo Romano, 1964, In festa, Institut Culturel Italien

Gianni Berengo Gardin, Camp nomade, Florence, 1993, In Festa, Institut Culturel Italien

Gianni Berengo Gardin, Exposition In Festa, Institut Culturel Italien © Isabelle Henricot

Signalons aussi – mais je ne les ai pas vues – l’exposition consacrée à la collection du musée photographique d’Amsterdam à l’Atelier néerlandais (Reflected – Works from the Foam collection, 121 rue de Lille, 75007 Paris, mardi-vendredi 9h-17h30, jusqu’au 18 novembre seulement) et celle qui rassemble à la Maison de l’Amérique latine trois photographes originaires d’Allemagne – Jeanne Mandello, Hildegard Rosenthalet Grete Stern– ayant émigré à la fin des années 1930 en Amérique du sud pour fuir le nazisme (Jeanne Mandello, Hildegard Rosenthal et Grete Stern, De l’autre côté, Maison de l’Amérique latine, 217 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris, lundi-vendredi 10h-20h, samedi 14h-18h, jusqu’au 20 décembre).

 

*sauf mention particulière, les expositions sont ouvertes jusqu’au 24 novembre 2018.

Photo Saint-Germain 2018
Pour le programme complet, voir :
http://www.photosaintgermain.com

Photo de titre : Corinne Day, Diary, Tania colouring her hair, 1995/2000, Galerie Gimpel & Müller

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