Comme chaque année au mois de novembre, les expositions de photos foisonnent à Paris et en Île-de-France.
Installée depuis près de trente ans dans le paysage culturel parisien, la foire Paris Photo a vu naître autour d’elle ces dernières années de nombreux événements consacrés au médium qui célèbrera l’an prochain son bicentenaire. Dans le même temps, l’ouverture d’institutions, de centres d’art et de galeries exclusivement dédiés à la photographie répondait à l’intérêt grandissant du public pour celle-ci, renforcé par l’usage devenu universel des smartphones qui transforme chaque utilisateur en photographe potentiel (le qualificatif est important car il ne suffit pas de produire des images avec son téléphone pour devenir photographe, mais c’est un autre sujet).
Retour sur les manifestations photographiques annexes à la foire Paris Photo
Depuis 2017, le petit salon a ppr oc he réunit au Molière des projets d’artistes utilisant la photographie comme champ d’expérimentation. Dans cette 9e édition regroupant 14 solo shows et 1 duo show, j’ai retenu plus particulièrement le travail de la Britannique Julie Cockburn (présenté sur le stand de la galerie Hopstreet, Bruxelles) qui transforme par la broderie, le collage et la céramique, des objets trouvés (cartes postales et photographies anciennes). a ppr oc he, Le Molière, 40 rue de Richelieu, 75001 Paris : https://www.approche.paris
En marge de la quarantaine d’éditeurs exposés à Paris Photo, deux foires spécialisées dans l’édition rassemblent aux mêmes dates les passionnés de livres de photographie : Polycopies abrite une centaine d’éditeurs internationaux sur le bateau Concorde Atlantique amarré quai de Solférino, tandis qu’Offprint accueille pour son édition parisienne 150 éditeurs sur la plateforme de Césure dans le 5e arrondissement. Rencontres, débats et signatures sont au programme des deux manifestations.
Sur la rive gauche, le festival PhotoSaintGermain propose pour sa 14e édition un parcours de 37 expositions très diverses réparties entre galeries, musées, centres culturels et librairies. Jusqu’au 30 novembre : https://www.photosaintgermain.com
Avec sa centaine d’événements, le festival Photo Days se déploie lui aussi dans une multitude de lieux (musées, institutions culturelles, galeries, fondations…) avec une très large palette de projets. Jusqu’au 30 novembre : https://photodays.paris
On citera également la Biennale de l’Image tangible, qui rassemble en six lieux une cinquantaine d’artistes autour des nouvelles pratiques photographiques : https://bit20.paris
Il ne faut pas oublier les institutions dédiées à la photographie, comme la Maison Européenne de la Photographie (MEP) dans le Marais, qui propose en ce moment trois expositions à ne pas manquer : une éblouissante rétrospective consacrée à l’Américain Edward Weston, figure majeure de la photographie moderniste, mais aussi la première exposition personnelle en France de Tyler Mitchell, jeune prodige de 30 ans révélé d’abord par ses images de mode, qui offre une vision passionnante de la société américaine contemporaine à travers son regard de jeune Afro-américain né dans le sud des États-Unis – où la ségrégation a laissé des traces profondes (les deux expositions sont visibles jusqu’au 25 janvier 2026). Le studio de la MEP accueille le projet Dialect du Colombien Felipe Romero Beltrán portant sur de jeunes migrants hébergés dans un centre au sud de l’Espagne (visible jusqu’au 7 décembre). https://www.mep-fr.org
Le Jeu de Paume présente un rétrospective du travail de Luc Delahaye depuis 2001, année de transition entre sa carrière de photoreporter commencée dans les années 1990 et celle d’artiste contemporain. À travers ses grandes images panoramiques, résultant parfois d’une seule prise mais souvent reconstruites à partir de fragments d’images assemblés par ordinateur, le photographe interroge la manière de représenter les sujets d’actualité (guerres, politique internationale…), s’attachant dans ses tableaux photographiques à restituer la réalité d’un monde tourmenté, sans autre commentaire. « Le bruit du monde », Jeu de Paume, jusqu’au 4 janvier 2026. https://jeudepaume.org
La fondation Henri Cartier-Bresson présente le projet Radio Ballast du Franco-Ivoirien François-Xavier Gbré (lauréat du programme Latitudes de la fondation d’entreprise Hermès) réalisé sur le parcours de l’ancien chemin de fer installé à l’époque coloniale qui traversait la Côte-d’Ivoire du nord au sud pour transporter les ressources naturelles vers le port d’Abidjan. Au sous-sol, l’exposition Monument de l’Allemande Sibylle Bergemann retrace l’élaboration, de 1975 à 1986, d’un projet de monument à Marx et Engels qui fut installé à Berlin-Est. À travers les images de la photographe, on perçoit sa vision teintée de critique et d’ironie, qui préfigure la déconstruction des héros du communisme. Les deux expositions sont visibles jusqu’au 11 janvier 2026 : https://www.henricartierbresson.org
Le Bal réunit [dans une exposition que je n’ai pas vue] le regard de trois générations de femmes photographes (Donna Gottschalk, Carla Williams et Hélène Giannecchini) sur la question de la marginalité : https://www.le-bal.fr
Par ailleurs, et pour terminer ce récapitulatif, on notera que la visite de l’Exposition générale de la Fondation Cartier permet de découvrir plusieurs séries photographiques réalisées par des photographes de premier plan comme Raymond Depardon, Graciela Ituribe, Claudia Andujar, Francesca Woodman, Malick Sidibé, Daido Moriyama,William Eggleston, etc. : https://www.fondationcartier.com/whats-on
Photo de titre: Tyler Mitchell, Untitled (Blue Laundry Line), 2022

