Au Carreau du Temple, la 19e édition du salon du dessin contemporain poursuit son exploration des contours du médium – l’occasion d’en découvrir, jusqu’à dimanche, toute la diversité.
Installés sur les deux niveaux de l’ancienne halle, les 71 galeries issues de 13 pays et leurs 300 artistes se répartissent cette année en quatre secteurs.
Sous la verrière du rez-de-chaussée, le secteur Général abrite une cinquantaine de galeries confirmées, représentant un large éventail de générations et de techniques.
Face à l’entrée, la galerie Semiose présente un solo show du jeune Belge Pieter Jennes dont les collages peints, remplis de fraîcheur et d’humour, révèlent un surprenant mélange de références relevant autant de la bande dessinée que de l’histoire de l’art (ses tableaux de fleurs rappellent les marginalia des manuscrits médiévaux, auxquels l’artiste emprunte aussi des figures tirées de livres d’heures, reproduites à toute petite échelle à l’horizon d’une de ses compositions).

Pieter Jennes, Viens avec moi là-bas, 2026, galerie Semiose

Pieter Jennes, série Viens avec moi là-bas, 2025, Semiose

Pieter Jennes, série Viens avec moi là-bas, 2026, galerie Semiose
À droite, la galerie Richard Saltoun de Londres expose les figures féminines au fusain chargées de symboles de l’artiste anglo-iranienne Samira Abbassi, à la croisée des cultures perse et occidentale. De l’autre côté, la galerie Alain Gutharc présente une série de dessins à l’encre et aquarelle d’Edi Dubien, voisinant avec les paysages sylvestres peuplés d’animaux de Suzanne Husky, lauréate du prix Drawing Now en 2023.

Samira Abbassy, Richard Saltoun Gallery © Isabelle Henricot

Edi Dubien, galerie Alain Gutharc

Suzanne Husky, galerie Alain Gutharc
En face, la galerie bruxelloise Archiraar montre les étonnants dessins chamaniques tracés à la fumée de Roman Moriceau, finaliste du prix Drawing Now 2026, ainsi que ses papiers mâchés teintés au vernis à ongles évoquant d’anciennes reliures.

Roman Moriceau, Mono no Aware, 2018 : Metanoia (Amanita Muscaria), 2026, galerie Archiraar

Roman Moriceau, galerie Archiraar
Chez Claire Gastaud, les dessins de Delphine Gigoux-Martin occupent tout l’espace du stand en se déployant sur une multitude de supports (tissu, porcelaine, papier, tapisserie…). À côté des énigmatiques portraits sur plâtre de Sophie Kuijken élaborés à partir d’images de fragments de corps recueillies sur internet, la galerie Nathalie Obadia propose un tableau de Jérôme Zonder associant papier et tissu découpés, marouflés sur toile. La galerie Papillon met en focus les dessins colorés de Frédérique Loutz, dont une sculpture de monstre joyeux réalisée au crayon de couleur sur papier collé semble jaillir du mur.

Delphine Gigoux-Martin, galerie Claire Gastaud © Isabelle Henricot

Jérôme Zonder, Etude pour un portrait de Pierre-François #116, 2026, Nathalie Obadia

Frédérique Loutz, Langue, 2026, galerie Papillon
Daniel Templon expose notamment des dessins sur papier de la série Éclats de Philippe Cognée récemment exposée à Bruxelles, dans lesquels les fragments de fusain incrustés dans l’acrylique apportent un relief particulier. Autre candidate du prix Drawing Now 2026, la Polonaise Katarzyna Wiesiolek exposée par Eric Dupont gratte la surface du papier avant d’y déposer des pigments qui s’incorporent ainsi au support. Représentée par la galerie Univer, l’artiste grecque EVDOXIA compose des sculptures faites de tiges métalliques et de fil dont les ombres projettent sur les murs des dessins fluctuant au gré des sources de lumière.

Katarzyna Wiesiolek, Lac de Pavin, 2026, galerie Eric Dupont

EVDOXIA, Douze douzaines, 2025, Univer / Colette Colla

EVDOXIA, galerie Univer / Colette Colla
Sur le stand d’Irene Laub (Bruxelles), l’Espagnol Guillermo Mora a agrafé au mur des dizaines de feuilles de papier préalablement peintes qu’il a assemblées en une grande composition abstraite, avant de déconstruire celle-ci en arrachant les feuilles dont il ne reste que des lambeaux – les morceaux de papier déchirés gisant sur le sol (‘Si Pero No’). Influencé par le pointillisme, l’artiste déchire aussi en tout petits fragments ses feuilles peintes avant d’en refixer soigneusement les morceaux sur des panneaux de bois à l’aide de centaines d’agrafes, en les déclinant en légères nuances de couleur.

Guillermo Mora, série Si Pero No, 2026, Irene Laub gallery © Isabelle Henricot

Guillermo Mora, série 1000 puntos de luz y sombra (a Seurat), Irene Laub © Isabelle Henricot
La galerie Martel spécialisée dans l’illustration présente un bel ensemble de dessins anatomiques et mythologiques du Suisse Thomas Ott, incisés sur carte à gratter. Chez Maurits van de Laar (La Haye), on retrouve les grands collages illustrant les scènes très mouvementées de la Catalane Susanna Inglada, la lauréate du prix Drawing Now 2025 qui bénéficie jusqu’au 10 mai prochain d’une exposition au Drawing Lab (17, rue de Richelieu, 75001 Paris).

Thomas Ott, Dessins incisés sur carte à gratter, 2026, galerie Martel © Isabelle Henricot

Susanna Inglada, galerie Maurits de Laar © Isabelle Henricot
La galerie C propose, en marge de son cabinet érotique, de beaux dessins oxydés de Lionel Sabatté, ainsi qu’un grand portrait au stylo à bille de Robin Wen. Chez Eva Vautier sont déployés les carnets de dessin Leporello de Jeanne Susplugas, outils de travail et de réflexion quotidiens de l’artiste. La galerie Wagner montre les dessins que Michel Paysant a réalisés par l’enregistrement de ses mouvements oculaires à l’aide d’un capteur connecté à un bras robotisé muni d’un porte-mine graphite.

Lionel Sabatté, galerie C

Robin Wen, galerie C

Jeanne Susplugas, galerie Eva Vautier

Michel Paysant, Sakura rouge pourpre et bleu / Sakura vert et gris, 2026, galerie Wagner
La galerie Maubert présente de nouveaux dessins à la limaille de fer de Nicolas Daubanes. On pourrait citer encore les dessins sur pierre de Fabien Mérelle à la galerie By Lara Sedbon, ou les drôles de coussins en céramique illustrés au crayon de couleur de France Bizot chez Backslash, ou encore les images gaufrées sur papier blanc de l’Allemand Simon Schubert exposé par Martin Kudlek (Cologne), les dessins sur feuilles de magazines noircies de Guy Vording à la galerie Dudok de Groot d’Amsterdam et les variations gravées sur bois d’Irma Kalt chez Modulab.

Nicolas Daubanes (déformé par le grand-angle) devant ses oeuvres, galerie Maubert

France Bizot, Galerie Backslash

Simon Schubert, galerie Martin Kudlek

Guy Vording, Sentimental, Dudok de Groot Gallery

Irma Kalt, galerie Modulab
Au sous-sol, le nouveau secteur Inception accueille une dizaine de galeries et/ou d’artistes émergents. La galerie Pauline Renard fait dialoguer les dessins du duo Pauline Martinet et Zoé Texereau avec les images cinématographiques de Julien Gorgeart.

Martinet Texereau, galerie Pauline Renard

Julien Gorgeart, galerie Pauline Renard
La galerie Traits libres présente les sculptures en papier découpé et plié, parfois associé à l’aluminium, de Chloé Vanderstraeten, dont le travail a été couronné mercredi du prix Drawing Now 2026. Le prix, qui célèbre cette année sa quinzième édition, consiste en une dotation de 10.000€ pour la production d’une exposition de trois mois au Drawing Lab accompagnée d’un catalogue l’an prochain, et d’une dotation de 5.000€ offerte par la société Conté, à laquelle s’ajoute une dotation matérielle de 1.000€ du même sponsor pour chacun des finalistes (au nombre de cinq cette année).

Chloé Vanderstraeten, Embryon II / Embryon I / Colonne II, 2026, Galerie Traits libres © Isabelle Henricot

Remise du prix Drawing Now 2026 à Chloé Vanderstraeten, 25 mars 2026 © Isabelle Henricot
Dans le secteur Process, qui rassemble huit galeries présentant un projet spécifique conçu avec leurs artistes, la Car Gallery de Bologne montre un solo show du Sud-africain Trevor Gould installé à Montréal, dont le travail interroge l’identité culturelle et la relation entre nature et culture.

Trevor Gould, 2025, CAR Gallery © Isabelle Henricot
La galerie Binome présente, aux côtés des dessins crépusculaires de souterrains et de grottes d’Amélie Royer – lauréate du prix Pierre David-Weill 2025 -, les photomontages d’images d’archives de Guénaëlle de Carbonnières – finaliste du prix Drawing Now 2026 -, mêlant reconstitutions archéologiques de sites antiques et visions imaginaires sur des tirages retravaillés à l’encre et à la pointe sèche.

Amélie Royer, Sortie, 2026, Binome

Guénaëlle de Carbonnières, série Creuser l’image, Dômes, Ardjebil, 2025
Le secteur Digital, enfin, composé de trois galeries, s’intéresse à l’hybridation du dessin avec les nouvelles technologies.
Au même niveau -1, l’exposition Numérique Lyrique : Nouvelles Origines du Dessin, mise en œuvre par la directrice artistique de la foire Joana P.R. Neves en partenariat avec le Centre national des arts plastiques et le FRAC Picardie, s’attache à souligner le rôle central du dessin dans les nouvelles technologies.
Drawing Now Paris 2026
Carreau du Temple
4, rue Eugène Spuller
75003 Paris
Jusqu’au dimanche 29 mars
De 11h à 20h vendredi 27 et samedi 28, de 11h à 19h dimanche 29.
Photo de titre : Solo show de Pauline Guerrier, galerie Romero Paprocki © Isabelle Henricot

